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CENTENAIRE PORTRAIT LOUIS DUGAUGUEZ

27.06.2019

Pour lui, j'aurais renversé des montagnes. Je lui dois tout. Il est mon second père" confie l'international Maryan SYNAKOWSKI. La voix étranglée par l'émotion, l'international Max FULGEN­ZY ajoute : "Monsieur Louis, c'est ma vie. Souvent, très souvent, je pense à lui, à tout ce qu'il m'a apporté".

De Claude BRÉNY à Pierre TORDO, de Mar­cel PASCAL à Roger LEMERRE, d'Albert E­LOY à Ivica OSIM, de Zacharie NOAH à Mustapha DALHEB, tous les anciens joueurs de Sedan vous diront que Louis DUGAUGUEZ fut leur providence. Quel était le secret, quelle était la magie de cet entraîneur qui a marqué à jamais l'histoire du football de France ?

Pour tenter de répondre à cette question, il faut avoir vu Louis DUGAUGUEZ dans les vestiaires d'Emile Albeau, sitôt le coup de sifflet final d'un match gagné. Tandis que ses hommes s'abandonnaient au bonheur de la victoire, lui tassé sur le banc de bois restait figé dans ce qui était fondamentale­ment lui : le silence. Le silence qu'impose tout combat mené loyalement pour at­teindre ce but unique : faire gagner l'équipe dont les joueurs, les dirigeants, les suppor­ters vous accordent leur confiance, vous li­vrent leur destin, leurs espérances, leurs rêves.

UN TORRENT

Soudain, Louis DUGAUGUEZ jaillit hors de ses silences. Dans les vestiaires, sur le banc de touche, à l'heure de l'entraînement, il bondit, s'agite, ordonne, s'énerve, s'apaise, gronde. Magie du mot "entraîner" ! Pour Louis DUGAUGUEZ entraîner c'est prendre au pied de la lettre la première définition du mot dans le dictionnaire Le Petit Robert : "Emmener de force avec soi". Quelque cho­se d'irrésistible, un torrent. Le joueur doit se laisser emporter. Sinon, qu'il quitte le club ! Pas question de tergiverser, de faire passer son propre intérêt avant celui du club, de se laisser griser par la gloriole et l'argent, de re­fuser d'être un footballeur-ouvrier.

Le joueur est d'abord un homme auquel Monsieur Louis inculque inlassablement ses valeurs à lui. Elles ont pour nom "le coura­ge", "l'humilité", "le respect de l'autre", "l'amitié", "le travail". Le travail ! Pour Louis DUGAUGUEZ, comme pour chacun de ses footballeurs-ouvriers, travailler c'est aller à l'usine. Monsieur LOUIS montre l'exemple. Huit heures par jour, il travaille dur comme directeur commercial des "Draperies Seda­naises" où les frères LAURANT, ses patrons sont aussi ceux de l'Union Athlétique Sedan­Torcy.

Toutes ces vertus, jour après jour, forgées, inculquées, respectées, ne doivent pas faire oublier que ce fabuleux meneur d'hommes est aussi un fin connaisseur et un excellent technicien du football. Si la guerre n'avait pas brisé sa carrière de footballeur profes­sionnel (il jouait à Lens), DUGAUGUEZ serait sans doute devenu international. Avant-centre puissant, doté d'une énergie farouche et d'un excellent tir, il débarque à Sedan en 1948 où les frères LAURANT l'ont appelé afin qu'il devienne le capitaine-entraîneur de la modeste équipe de l'Union Athlétique Se­dan-Torcy. D'emblée, il impose sa concep­tion du football, se battre de la première à la dernière seconde du match. Jouer vite pour asphyxier l'équipe adverse. Jouer simple : trois, quatre longues passes et tirer au but ! La vaillance, l'abnégation, le sens du jeu col­lectif de ses footballeurs-ouvriers seront bientôt résumés en une fameuse formule : "Les Ardents Ardennais". Le courage, l'es­prit de corps n'expliquent pas eux seuls les triomphes des hommes de Louis DUGAU­GUEZ, vainqueurs de la Coupe de France en 1956 et 1961, finalistes en 1965. Mon­sieur LOUIS fait de la plupart d'entre eux d'excellents techniciens, à l'image de LE­FÈVRE, de MARYAN, de MICHELIN, d'OSIM et de tant et tant d'autres.

Autre vertu de DUGAUGUEZ, il sait écouter, et s'entourer. Il ne dirige pas seulement des joueurs. Il a sa propre équipe de conseillers. Le premier d'entre eux est Gaétan CHRETIEN, son confident, son recruteur, son autre lui-même. Gravitent autour de Gaétan, des dirigeants de l'ombre, dévoués, compétents et ô combien précieux : Michel

 

CHARLOT, Roger TISSOT et tant d'autres. Monsieur LOUIS accorde la plus grande im­portance à "l'école de football" qu'il a fondée et dont il confia la direction au fabuleux Mau­rice CHRISTOPHE. Que de fois, Louis DU­GAUGUEZ n'est-il pas allé voir jouer ses "petits" footballeurs du jeudi !

Au nouvel an, il arrivait à l'école de football a­vec des bouteilles de champagne qu'il parta­geait avec les moniteurs !

UN MAITRE

Reste ce que Claude DUGAUGUEZ nomme "le flair" de son frère Louis. Quelque chose d'indicible, d'inexplicable. Il flairait le talent chez un joueur inconnu. En plein match, il devinait la faille de l'adversaire, criait des ordres et Sedan l'emportait. Ce sorcier en­voûtait véritablement ses joueurs. Il était à la fois un frère et un père. Volontiers entier, parfois excessif, il était respecté, vénéré par­ce qu'il montrait l'exemple. Un maître. Avec un coeur gros comme ça qu'il emmitouflait dans une apparence, celle d'un homme bourru, d'un sanglier grommelant des mots tranchants. Louis DUGAUGUEZ nous laisse une oeuvre. Louis DUGAUGUEZ, à son insu, est devenu un exemple. Et une légende, celle qu'honore magnifiquement le stade qui por­te fièrement son nom. Un stade où le devoir de chacun de nous sera d'y perpétuer la hau­te mémoire de cet homme considérable. ■

Yanny Hureaux.

 
  • CSSA Club Sportif Sedan Ardennes
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